15 000 fois merci !

15 000 fois merci !

Quand j’ai commencé à écrire, il y a quelques années, je n’ai jamais songé à la suite des choses. Je me souviens, après l’écriture d’Annabelle, j’ai fichu mon histoire dans un tiroir pour l’y laisser dormir pendant des mois, le mettant en lecture libre sur un simple coup de tête. Je n’avais jamais songé à l’autoédition avant que Thomas – sur Atramenta – m’en touche un mot. C’est en octobre 2012 que j’ai franchi le pas. Au fil des années, cinq textes y sont passés, dont quatre qui ont trouvés refuge dans une maison d’édition pour y vivre une seconde vie.

Moment nostalgie: vous vous souvenez de ces couvertures?

 

Désormais, seul Je reviens chez nous est disponible en autoédition, et c’est grâce à ce texte – le seul coureur en piste – si le compteur affiche désormais 15 000 exemplaires vendus. C’est un chiffre impressionnant, c’est vrai, mais il montre surtout le chemin parcouru depuis 2012 avec cinq romans sur la plateforme Atramenta (merci Thomas!) Dur à croire qu’il s’agit d’une aventure démarrée sur un coup de tête…

Cela dit, je n’oublie pas que c’est un chemin que je n’ai pas fait seule et qui n’a pas été sans embûche, mais c’est ma route et je ne la renie pas. Je compte même la reprendre bientôt.

Et pour souligner ce joli chiffre, je voulais remercier tous ceux et celles qui ont pris part à mon périple, que ce soit dès le départ ou en cours de route. Ceux qui ont osé acheter mes histoires, même si c’était de l’autoédition (à l’époque, les gens rechignaient peut-être davantage). Dans la masse de livres qui existe, c’est beaucoup. Ça fait même toute la différence. Merci!

Sinon, je soulignerai sûrement ce bel événement par un concours via ma page facebook, mais je dois encore réfléchir aux modalités et aux lots. N’hésitez pas à me dire ce qui vous ferait plaisir, histoire de m’inspirer un peu…

Mardi citation – semaine 32

Mardi citation – semaine 32

Oui, j’allais oublier le mardi citation! Alors cette semaine, on sera sage, et on passe en mode découverte avec Hugo et Thomas dans Je reviens chez nous. C’est un extrait que j’ai beaucoup aimé écrire, d’ailleurs. Ce sont des personnage qui ont encore le don de me faire sourire.

— Est-ce qu’il y a un problème, Tom ?
— Hein ?
Devant sa question, je m’arrête et pivote pour lui lancer un regard confus. Un problème ? Est-ce qu’il a remarqué quelque chose ? Non ! Mon jeans est trop serré pour qu’il puisse percevoir quoi que ce soit de ce côté ! Enfin… je crois.
Assis sur le bout de sa chaise pour me jeter un regard inquisiteur, il reprend :
— Je ne suis pas fou. Je vois bien que tu m’évites depuis quelques jours. C’est parce qu’on s’est baignés nus ? Sur le moment, je n’ai pas pensé que ça pourrait te mettre mal à l’aise. On le faisait tout le temps, à l’époque. Mais j’ai des maillots, si tu veux…
— Je… non, ce… ce n’est pas ça, lâché-je un peu vite.
— Alors quoi ? me questionne-t-il franchement. Si c’est à cause de ce que pensent les gens… et que tu préfères habiter ailleurs…
— Mais non ! grogné-je. Ça n’a rien à voir !
Il reste immobile et attend, les yeux rivés sur moi. Qu’est-ce qu’il s’imagine ? Que je vais lui dire que je bande quand il est trop près ? Que son cul et ses épaules accrochent constamment mon regard ? Que j’ai imaginé la façon dont il embrassait alors que ma langue était dans la bouche de Cathy ?
Après un soupir qui me semble trop court, je lâche :
— Quand ta mère m’a demandé si j’étais gay, t’as répondu que j’étais hétéro et que c’était évident. Pourquoi ?
Cette fois, c’est lui qui paraît surpris par ma question, et il se met à bredouiller :
— Bien… parce que… je ne sais pas. Quand on s’est revu, t’as parlé de filles, alors…
Il s’arrête brusquement, puis reprend aussitôt :
— Pourquoi ? Tu ne l’es pas ?
— Quoi ? Hétéro ? Bah… oui !
Même si j’essaie de paraître crédible, je sens que mon souffle s’emballe et ma main, qui se met à gratter derrière ma nuque, témoigne du malaise qui m’habite. Putain, quel idiot, je fais ! Comment se fait-il que je sois incapable de répondre à une question toute bête sur mon orientation sexuelle ?
— Bien sûr que je suis hétéro, reprends-je, comme si je n’avais pas été suffisamment convaincant la première fois. C’est juste que… c’est la première fois que je rencontre un gay. Enfin, non, mais… je veux dire… quelqu’un que je connais, quoi.
Un silence passe, puis sa voix résonne :
— OK. Et alors ?
— Alors rien. Enfin… peut-être que ça m’a fait réfléchir, jeté-je rapidement. Tu sais, j’ai toujours pensé que les choses étaient comme ceci, comme cela… On fait des études, on s’installe, on se marie, on fait des gamins, et puis…
Ayant laissé mes yeux dérivés un peu partout, je les relève enfin vers lui.
— Voilà que toi, t’as choisi une autre vie.
— Pas la plus facile, tu peux me croire, dit-il avec une moue pincée.
— Pas la plus facile, peut-être, mais au moins c’est la tienne. Et tu sais ce que tu veux.
— Et pas toi ?
Un peu troublé par sa question, je hausse les épaules, puis je m’explique :
— Tu sais, moi, j’ai toujours passé ma vie à me demander qui j’étais. Mon identité s’est longtemps résumée à mon nom et à la couleur de ma peau. Pour le reste, j’ai juste fait comme les autres. J’ai bu, j’ai étudié, je me suis bagarré… et je suis sorti avec des filles. Parce que c’est comme ça qu’il fallait faire…
Si j’espère que mes propos sont flous, je reste néanmoins surpris par la chaise d’Hugo qui craque lorsqu’il se dresse. Tous mes muscles se raidissent dans la crainte de son approche, mais il reste debout sans bouger.
— Es-tu en train de me dire… que tu n’es pas certain d’être hétéro ?
— Quoi ? Non ! me défends-je.
Conscient que je lui mens effrontément, je poursuis, sur une voix moins rude :
— Enfin… peut-être que… j’ai eu certains doutes.
Je comprends qu’Hugo a repris sa bouteille de bière entre ses doigts lorsque celle-ci tombe bruyamment sur le sol, mais il semble ne pas le remarquer.
— Quel genre de doutes ?
Ma nervosité augmente en flèche devant sa question. Que voulait-il savoir, exactement ? Que j’étais attiré par lui ? Mes pieds reculent maladroitement et je bredouille :
— Je crois que… qu’on ne devrait pas parler de ça.
— Tom ! Tu sais bien que tu peux tout me dire !
Anxieux devant sa requête, je m’emporte :
— Te dire quoi ? Que je me suis imaginé ce que ça ferait de t’embrasser ? Eh bien oui ! Voilà, je l’ai dit. T’es content ? Mais ça ne veut rien dire ! Absolument rien !
Comme un idiot, je m’avance de trois pas et je me plante devant lui avant de poser ma bouche sur la sienne, si vite que je ne ressens rien du tout, à part un énervement supplémentaire. Je ne sais pas pourquoi, je m’attendais à une réaction de sa part, mais il reste simplement là, à me dévisager. Quand je réalise ce que je viens de faire, je recule, et je parle vite, comme si les mots pouvaient effacer les derniers instants :
— Écoute, je suis fatigué. Il vaut mieux que… qu’on en reparle demain.
Comme un con, je lui tourne le dos, et je m’enfuis au pas de course.

Sara Agnès L.

Je reviens chez nous