Cette semaine, on fait un arrêt dans un huit-clos, dans un chalet perdu au milieu des bois, où une certaine Lily tombe du ciel pour sortir un écrivain en deuil de sa torpeur. Traitement choc, s’il en faut!

Allez, faisons un petit bond dans le passé avec La Muse qui n’est malheureusement plus disponible au format papier.

– Est-ce que je peux vous demander n’importe quoi ?
– Pas d’alcool avant seize heures, me rappelle-t-elle sur un ton léger.
– Et pour le reste ?
Ses gestes restent en suspens dans les airs pendant de longues secondes, puis elle baisse les bras. Les ciseaux et le peigne apparaissent devant moi avant que je ne daigne relever les yeux vers elle. Pour le principe, j’attends qu’elle me pose la question, car je sens ma nervosité qui remonte d’un cran.
– De quoi avez-vous envie, Monsieur Linden ?
Mon cœur bat dans mes tempes. Bon Dieu, qu’est-ce que je dois dire ? La vérité ? Et si elle fichait le camp ? Et merde ! Pourquoi je m’inquiète ? N’est-ce pas ce que je voulais qu’elle fasse, ce matin, justement ? Sur un ton moins assuré que je ne l’aurais voulu, je dis :
– J’aimerais… euh… voir vos seins.
Lily me scrute avec un regard vide, comme si elle n’avait pas entendu mes mots, puis elle pivote pour déposer ses outils sur ma table de cuisine. Mes oreilles bourdonnent. Qu’est-ce que je viens de dire ? Je m’attends à ce qu’elle me gifle ou qu’elle me traite de tous les noms avant de claquer la porte. Pourtant, elle n’en fait rien. Elle se contente de reculer d’un pas et je suis ses gestes pendant qu’elle descend ses petites bretelles le long de ses bras. Enfin, elle descend le haut de sa robe pour me montrer une poitrine plus voluptueuse que ce à quoi je m’attendais.
Comme un idiot, j’ouvre la bouche sous l’effet de la surprise, quand elle demande :
– Je peux continuer, maintenant ?
Mes yeux clignent à répétition avant de retrouver une voix suffisante pour lui répondre.
– Je… euh… oui.
Je reste un moment perdu dans ma contemplation de ce corps à moitié nu, sans réaliser qu’elle reprend ses coups de ciseaux alors que ses seins se promènent sous mon nez. Le doux parfum me revient et me donne envie de toucher cette peau chaude. La peau d’une femme. Si douce…
Et pourtant, je reste là, immobile, à la suivre du regard quand elle me gronde.
– La tête droite, Monsieur Linden. Autrement, je risque de vous couper une oreille.
Elle rigole, mais devant sa mise en garde, je redresse la tête et j’obéis. Je n’ai quand même plus seize ans pour dévisager une femme nue de la sorte ! Du coin de l’œil, je vois la pointe d’un sein qui tangue au rythme de ses gestes. C’est plus fort que moi, je n’arrive pas à en dévier mon attention. Quand elle m’époussette, elle revient se pencher devant moi pour vérifier de quoi j’ai l’air. Là, je vois tout. Et j’avoue que c’est drôlement joli à regarder.
Feignant d’être sûr de moi, je remonte une main et effleure la peau tendre de l’un de ses seins, mais elle recule et me dispute aussitôt :
– Monsieur Linden, vous avez demandé à voir, pas à toucher.
– Je veux toucher, dis-je, en espérant que ma requête suffise.
– Plus tard. Quand vous serez sage.
Qu’est-ce qu’elle raconte ? Ne voit-elle pas à quel point je suis sage ? J’en veux pour preuve que je n’ai rien bu depuis mon réveil et que je suis là, à lui laisser faire tout ce qu’elle veut avec mes cheveux ! Reprenant ses coups de ciseaux, elle ajoute :
– Soyez patient. J’ai presque fini.

Sara Agnès L.

La Muse

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